A Bruxelles, on sous-titre le réel

Dans Libération. A voir à Bruxelles, station de métro Botanique.

Une jeune femme arrive sur le quai. Au-dessus d’elle, s’inscrit : « C’est un signe d’embarras, main dans les poches pour avoir l’air cool, mais c’est étrange, hein ?, l’idée que je vais dévoiler ta vie : tu t’appelles Suzie, tu as 18 ans, tu vas sortir dehors ce soir… » Quelques instants après, un garçon à la peau mate, mal rasé, se tient près d’une femme qu’il ne connaît manifestement pas. Au-dessus d’eux, l’écran accuse le premier d’avoir volé dans son sac le portable de la seconde, puis cette injonction : « Battez-vous au lieu de parler. Il vous fait peur, c’est ça ? »

Système de surveillance ou blague de potache ? Les quidams qui arpentent le quai ne savent trop à quel saint se vouer. Certains sourient. Beaucoup s’éloignent, manifestant à l’occasion une pointe de gêne, ou d’agacement. Du reste, les textes entretiennent la confusion, au gré de l’inspiration de ceux qui les tapent. Tantôt poétique, tantôt subversif, le ton prend une tournure inquisitoriale, complice, taquine, moralisatrice…

Venu observer quelques minutes la performance, on est encore là une heure plus tard, aimanté, à suivre le manège de ces greffiers de l’imaginaire qui transcendent de leurs mots le prosaïsme anonyme.

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